6 jours, 3 cantons, un lac de montagne par jour : voilà ce qu'est le « Gotthard-Kristall-Trek »
Andermatt, le 22 juin 2026
Peu de monde, de nombreux lacs de montagne. Des paysages alpins, des refuges chaleureux. Dans cette interview, Christina Ragettli, randonneuse de longue distance et autrice, explique pourquoi le Gotthard-Kristall-Trek figure absolument sur la « liste des incontournables » des randonnées de longue distance en Suisse.

Des lacs de montagne cristallins et des paysages isolés caractérisent le Gotthard-Kristall-Trek.
Christina, tu es désormais l’une des figures de proue de la randonnée en Suisse. Qu’est-ce qui fait qu’une grande randonnée est parfaite à tes yeux ?
J’ai une idée très claire à ce sujet. Le plus important : j’apprécie de pouvoir randonner au calme, de puiser de l’énergie dans la nature et de ne pas me laisser guider par les lieux à la mode sur Instagram. Ensuite : beaucoup de lacs de montagne. Me jeter chaque jour dans l’eau froide me rend vraiment très heureuse, surtout lors des chaudes journées d’été. Mais les refuges de montagne de caractère, tenus avec passion, sont également indispensables. Le paysage peut volontiers être alpin, un peu aride et escarpé. Idéalement, avec une touche d’aventure, c’est-à-dire parfois un tronçon de sentier balisé en bleu et blanc, pour un peu d’adrénaline. Le plus : une bonne desserte par les transports en commun, ça facilite grandement les choses. Et comme je trouve la Suisse incroyablement belle, j’adore explorer les Alpes juste à côté de chez moi, sans longs trajets ni même de vols à l’étranger. Pour moi, explorer ma région, c’est-à-dire l’ensemble des Alpes, a un charme incroyable !
Existe-t-il un itinéraire qui réponde exactement à ces critères ? As-tu un conseil à donner à tous ceux qui partagent ce point de vue ?
Oui, tout à fait : le nouveau Gotthard-Kristall-Trek. En 6 étapes, il s’étend sur 87 kilomètres et près de 7 000 mètres de dénivelé, d’Andermatt au col de l’Oberalp. L’itinéraire traverse les cantons d’Uri, du Tessin et des Grisons, au cœur des régions d’Andermatt, de Sedrun et de Disentis. On randonne à travers des cols isolés, on longe d’innombrables lacs de montagne, on passe la nuit dans de charmants refuges et on croise peu d’autres randonneurs. Le nom « Kristall » n’est pas le fruit du hasard : la région est réputée pour ses cristaux de roche et j’ai régulièrement découvert de petits cristaux directement sur le sentier. De plus, l’eau des lacs de montagne scintille d’une clarté cristalline, ce qui rend ce nom doublement approprié. L’accès en transports en commun directement jusqu’à Andermatt est très simple, tout comme le retour depuis le col de l’Oberalp.

L’itinéraire traverse des cols isolés, longe d’innombrables lacs de montagne et des paysages rocheux impressionnants.
Quelle a été ta étape préférée et pourquoi ?
Difficile à dire, j’ai du mal à me décider. Je garde un souvenir particulièrement positif de la deuxième étape, du col du Gothard à la cabane Vermigel. Le point fort de cette étape est le « Vorderi Loch », à plus de 2 600 mètres d’altitude : trois lacs de montagne d’un bleu turquoise, nichés au milieu de rochers, avec à l’époque encore des restes de neige sur les rives et pas âme qui vive à l’horizon. Bien sûr, je n’ai pas pu m’empêcher d’aller m’y baigner !

Réservé aux plus courageux : un plongeon dans les eaux glacées d’un lac de haute montagne.
La 4e étape, avec le lac Hexensee « Lai dalla Stria » et le refuge de l'Etzli, qui dispose d'un jacuzzi, se trouve juste derrière. Pour moi, un autre atout majeur de ce refuge, ce n'est pas seulement la cuisine délicieuse et l'accueil extrêmement chaleureux, mais aussi Findus, le chat du refuge.

Détente après une longue journée de randonnée : un bain chaud avec vue à la cabane de l’Etzli.
Info : la cabane de l’Etzli sera ouverte aux visiteurs à la journée durant l’été 2026. En raison des travaux de rénovation, il ne sera pas possible d’y passer la nuit. Il est donc recommandé, durant l’été 2026, de poursuivre la randonnée jusqu’à la cabane de Tresch.
Comme troisième point fort, je mentionnerais encore le détour aventureux vers le Piz Cavradi, au-dessus du refuge Maighels.
Quelle est la meilleure période pour ce trek ?
Selon l’enneigement, de début juillet à fin septembre. Avant cette période, il y a souvent encore trop de neige sur les cols, ce qui n’est pas souhaitable, notamment aux endroits marqués en bleu et blanc. En plein été, il fait certes chaud, mais les lacs de montagne rafraîchissent immanquablement le corps après une journée éprouvante. J’ai parcouru ce circuit pendant les vacances d’été suisses et pourtant, on ne s’en rendait presque pas compte. On randonne loin de l’agitation, sur de magnifiques sentiers.
À quoi faut-il faire attention et que faut-il absolument emporter dans son sac à dos ?
Il faut être en bonne condition physique et se sentir à l'aise en terrain alpin. Certains tronçons sont balisés en bleu et blanc (T4) et sont tout à fait praticables avec un peu d'expérience. Ils ne sont pas très difficiles. Tout au plus, l'orientation, en cas de brouillard par exemple, peut s'avérer un peu plus exigeante. Mais avec une bonne application cartographique et les données d'itinéraire téléchargées en mode hors ligne, cela ne pose pratiquement aucun problème. Comme on passe les nuits dans des refuges de montagne, j’ai dans mon sac à dos un sac de couchage de refuge et ma liseuse électronique légère. Il faut également emporter son maillot de bain (on peut bien sûr se baigner « à poil ») et suffisamment de crème solaire ! De bonnes chaussures de randonnée pour les passages alpins, une veste de pluie fiable ainsi que suffisamment d’eau pour les longues étapes font bien sûr aussi partie de l’équipement indispensable.

Les lacs de montagne se succèdent, tous plus beaux les uns que les autres.

Rugueux, sauvages et impressionnants.
Et comment se termine le trek ? Quelle est la première chose que tu fais après 6 jours de randonnée ?
Le trek se termine au col de l’Oberalp, à 2 046 mètres d’altitude, près du seul phare des Alpes. Il symbolise la source du Rhin ; son pendant d’origine se trouve à Rotterdam, là où le Rhin se jette dans la mer. C’est en effet au col de l’Oberalp, plus précisément au lac de Toma, au-dessus du refuge Maighels, que le Rhin prend sa source. Il est fascinant de penser qu’une goutte de pluie tombée au col de l’Oberalp se jette dans la mer en moins de 30 jours.

Calme, grands espaces et eaux cristallines accompagnent les randonneurs jusqu’au col de l’Oberalp.

Le phare du col de l'Oberalp marque symboliquement la source du Rhin – et la fin du « Gotthard-Kristall-Treks ».
Ma première étape après la randonnée : le restaurant très apprécié Alpsu, situé directement sur le col. On y sert apparemment la meilleure « Cremeschnitte » maison de la région – c’est ce qu’on m’a dit ! Après 6 jours de randonnée, on l’a vraiment bien méritée. Sur la terrasse, on a encore le temps de repenser à ces belles journées de randonnée et de planifier directement la prochaine.

